Passeport passepartout

Dur dur de partir en voyage de plusieurs mois quand on n’est pas une personne si organisée. Parce que, même si on est du genre “on a qu’une vie”, “carpe diem”, “je verrais où la vie me mène”, un voyage de 7 mois en Asie du Sud Est, ça se prépare en amont. 
Alors on commence à faire des listes. Une liste des pays qu’on veut voir, une autre pour ne rien oublier d’acheter chez Decathlon dans le rayon “je pars à l’aventure mais pas trop quand même”, une liste des musiques à télécharger pour les 8h de vol à venir, etc etc. 
Malheureusement dans les listes, rien n’empêche les péripéties qui peuvent foutre en l’air tout un rêve d’évasion. 

À une semaine du départ, je me suis rendue à l’ambassade du Vietnam, à Paris, pour effectuer mon visa. On m’avait prévenu qu’il fallait compter 3 jours pour récupérer mon passeport avec le tampon me permettant de rester 2 mois au Vietnam. 

3 jours plus tard donc, je suis bien retournée à l’ambassade. Mon amie avec qui je partais, a vite récupéré son passeport. Dans mon cas, ça a duré plus longtemps. On a attendu 30 bonnes minutes, sans que personne ne nous donne aucune information. Et puis voilà qu’arrive un mec qui s’approche de moi, l’air très gêné, venu m’expliquer pourquoi mon passeport n’arrivait pas. La raison ? “On l’a perdu”.

Mon cerveau : ‘Je pars dans moins d’une semaine’ ‘pas de passeport, pas de voyage’ ‘mais comment on peut perdre un passeport dans une ambassade???’ Enfin bref, c’est la panique. 

Alors bien sûr je m’énerve et le mec qui était venu me l’annoncer avait très probablement été envoyé à coup de pile ou face. – “Ok, qui va lui dire ?”.  (lol)

Je lui dis que je partais au Vietnam très prochainement et qu’il me fallait, non seulement mon visa, mais aussi mon passeport. On m’a installé dans une salle et on m’a donné un coca (j’avais peut être l’air d’être en manque de sucre). 
On a encore attendu 15 bonnes minutes avant que le mec revienne avec mon passeport dans ses mains. En 2 secondes j’avais oublié tout ce bazard, et j’étais très reconnaissante d’avoir retrouvé mon passeport. J’allais partir au Vietnam. Quelle histoire quand même. On a bien ri en rentrant. 

Jour-J : le grand départ. 

C’est l’excitation dans la voiture vers l’aéroport. Mes parents décident de nous accompagner jusqu’à ce que ce ne soit plus possible sans billet d’avion. On prend un petit déjeuner à l’aéroport avec eux. Mes parents nous rappellent à quel point ils sont fiers de notre projet mais qu’il faudra faire attention : des parents quoi. Arrive le moment de s’enregistrer, mettre les bagages dans la soute, toussa toussa. 

“Passeport s’il vous plaît » 

J’ai même pas repensé à l’histoire du passeport perdu dans l’ambassade vietnamienne quand elle me l’a demandé. 

SAUF QUE (oui..) j’ai bien vu que ça prenait du temps. Je remarque que la dame au guichet est en train d’appeler quelqu’un pour qu’il vienne la rejoindre. Elle lève plusieurs fois la tête. A droite, à gauche. Je me suis dis qu’elle attendait quelqu’un pour réaliser une tâche qu’elle ne savait pas faire. Pas de panique en vue.

Le monsieur arrive, regarde mon passeport, le manipule dans ses mains avant de me dire : “Madame, votre passeport n’est plus valable, il est déchiré.” 
Comme quand la maîtresse vous dit que vous avez triché au contrôle de maths, vous n’y croyez pas. Vous êtes surpris. Vous criez au scandale. VOUS VOULEZ PARTIR EN ASIE. 

Mon passeport était bien déchiré. La page sur laquelle est ma photo d’identité a été déchirée, puis recollée avec du scotch, et je ne m’en étais pas rendue compte. Pas besoin de chercher plus loin. Et comme dans un film où la fin est plutôt what the fuck, j’ai ressenti comme une sorte d’arrêt sur image où je rassemblais toutes les pièces du puzzle. Mon passeport n’avait pas été perdu dans l’ambassade du Vietnam. Il avait été malencontreusement déchiré. Mais, au lieu d’assumer les faits, de me le dire, de trouver une solution ensemble, ils m’ont menti. Peut-être avaient-ils pensé qu’en disant qu’il l’avait perdu, j’aurais laissé tomber… C’est bête quand même.
Les 15 minutes à attendre avec mon coca avaient probablement servi à rafistoler le passeport, à camoufler la faute grave. 

Il était trop tard. J’étais dans l’aéroport, en face d’un responsable qui m’annonce que mon passeport n’est pas valable. Donc là c’est la panique. Néanmoins il me reste une “chance”, me dit-il. Il me laisserait passer avec mon passeport pour quitter la France. Le risque était que la douane vietnamienne me renvoie directement en France. 

Qu’on se le dise, j’ai pas fermé l’œil dans l’avion. 8 heures de vol, 1 escale à Doha, avec un passeport déchiré, je m’imaginais déjà la police des frontières me mettre les menottes (oui je sais, la marseillaise…). Pas sereine la pseudo aventurière. 

On passe l’escale (sans arrestation forcée). 

Arrivées sur le sol vietnamien, on sort de l’avion. Silence entre mon amie et moi. Au loin, on voit le contrôle des passeports. Sans se le dire, on s’est arrêté net pour observer la situation. J’ai regardé chaque guichet, chaque personne derrière la vitre. Naïvement, je cherchais quelqu’un qui avait l’air “sympa” et qui ne ferait aucune remarque sur mon passeport. 

Aucune personne “grand sourire” en vue… MAIS un mec qui vient de se commander un gros Mc Do. Pour nous, c’était notre chance de passer incognito. Parce qu’entre deux bouchers de son burger, t’as pas envie de devoir gérer un truc relou. Enfin c’est ce qu’on s’est dit.

Il a pris mon passeport en main en sirotant la boisson de son menu Big Mac, il m’a regardé, je l’ai regardé, il a regardé mon passeport, il m’a regardé, je l’ai regardé… “Ok go”.

Je suis rentrée dans le taxi, direction ambassade française, pour refaire mon passeport en urgence. 

Sophie

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